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Juridique

Associations : obligations comptables, fiscales et juridiques

Une association n’est pas dispensée de rigueur parce qu’elle poursuit un but non lucratif. Comptabilité, subventions, fiscalité, gouvernance, reçus de dons : voici ce que doivent savoir ses dirigeants bénévoles.

Quatre personnes réunies autour d’une table examinent des documents
Trésorier, président, secrétaire : une gouvernance claire protège l’association et ses dirigeants.

Au quotidien, beaucoup d’associations fonctionnent sans comptable, sur la confiance et le bénévolat. C’est parfois suffisant, tant que leurs ressources restent modestes. Mais dès qu’une subvention, un salarié ou une activité commerciale entre en jeu, les obligations changent de nature.

À retenir

  • Une association qui perçoit plus de 153 000 € de subventions publiques par an doit établir des comptes annuels, les publier et désigner un commissaire aux comptes.
  • Le plan comptable associatif, en vigueur depuis 2020, encadre la présentation des comptes et distingue notamment les fonds dédiés.
  • L’association est exonérée des impôts commerciaux tant que sa gestion est désintéressée et ses activités non concurrentielles : c’est la règle dite des quatre P.
  • Seuls certains organismes peuvent délivrer des reçus fiscaux pour les dons.
  • Les dirigeants peuvent voir leur responsabilité engagée : formalisez les décisions et conservez les procès-verbaux.

Un cadre juridique, des obligations variables

La plupart des associations relèvent de la loi du 1er juillet 1901 : elles sont libres de leur organisation interne, dans le cadre de leurs statuts. Une fois déclarées en préfecture, elles acquièrent la personnalité juridique et peuvent recevoir des dons, percevoir des subventions, employer du personnel et signer des contrats.

Mais l’étendue des obligations dépend de trois facteurs : le montant des ressources, la présence de salariés et l’existence d’une activité économique. Une petite association de quartier et une association gestionnaire d’un établissement médico-social n’ont pas le même niveau d’exigence, même si elles relèvent du même texte.

Les associations reconnues d’utilité publique, les fondations, les associations d’intérêt général habilitées à recevoir des legs ou celles qui gèrent un établissement soumis à autorisation sont soumises à des règles supplémentaires, que nous ne détaillons pas ici.

Comptabilité et plan comptable

Une association doit tenir une comptabilité, c’est une exigence minimale et élémentaire : suivre les recettes et les dépenses, justifier les écritures, conserver les pièces. Pour la plupart des associations, le référentiel est le règlement de l’Autorité des normes comptables relatif aux comptes annuels des personnes morales de droit privé à but non lucratif, applicable depuis les exercices ouverts en 2020.

Les principes à retenir :

  • Un bilan, un compte de résultat et une annexe forment les comptes annuels, présentés selon des modèles spécifiques.
  • Les fonds dédiés suivent les ressources affectées à un projet précis : si une subvention est reçue pour une action qui n’est pas terminée, la part non utilisée n’est pas un résultat disponible.
  • Les contributions volontaires en nature (bénévolat, mise à disposition de locaux) sont valorisées au pied du compte de résultat, ce qui rend visible la réalité du fonctionnement.
  • Une petite association peut adopter une comptabilité simplifiée, à condition de ne pas dépasser les seuils légaux.
Le trésorier n’est pas seul

Il est le garant de la comptabilité, mais le conseil d’administration reste responsable collectivement. Une présentation trimestrielle des comptes, même simple, évite les mauvaises surprises et prépare l’assemblée générale.

Seuils : comptes annuels et commissaire aux comptes

Selon la taille de l’association, les obligations s’alourdissent. Voici un tableau synthétique, à confirmer avec nous pour votre situation.

SituationObligation principalePoint d’attention
Petite association, sans salarié, sans subvention significativeComptabilité de trésorerie ou comptabilité d’engagement simplifiéeBilan et compte de résultat recommandés pour les banques et les financeurs
Subventions publiques supérieures à 153 000 € par anÉtablissement des comptes annuels, publication au Journal officiel et commissaire aux comptesLe seuil porte sur l’ensemble des subventions reçues d’une même année
Association employeurDéclarations sociales, contrat de travail, convention collective applicableBulletin de paie, DSN, formation et prévention à intégrer au budget
Activité économique d’une certaine ampleurSeuils comparables à ceux des sociétés commerciales : nomination d’un commissaire aux comptes possible au-delà de seuils de bilan, de chiffre d’affaires et d’effectifÀ examiner dès que l’activité commerciale se développe
Association faisant appel à la générosité du publicCompte d’emploi annuel des ressources, avec déclaration préalable lors de la campagneContrôle possible par la Cour des comptes pour les plus importantes

Le commissaire aux comptes certifie la régularité et la sincérité des comptes annuels. Il est nommé par l’assemblée générale, pour six exercices, et son rapport est présenté aux membres. Pour une association, sa présence sécurise les financeurs publics et privés, et rassure les adhérents.

Fiscalité : lucrativité et TVA

Une association dont la gestion est désintéressée et qui ne concurrence pas les entreprises commerciales est exonérée de l’impôt sur les sociétés, de la TVA et de la contribution économique territoriale pour ses activités non lucratives. À l’inverse, une activité concurrentielle peut entraîner l’assujettissement à ces impôts, en tout ou en partie.

La règle des quatre P

Pour apprécier le caractère lucratif d’une activité, l’administration examine, dans cet ordre, plusieurs critères :

  1. La gestion est-elle désintéressée ?Aucun dirigeant ne tire un profit, direct ou indirect, de l’association. Les rémunérations de dirigeants sont encadrées par des seuils précis.
  2. Le Produit répond-il à un besoin non satisfait ?Une activité qui répond à un besoin que le marché ne couvre pas ou mal est plus facilement considérée comme non lucrative.
  3. Le Public est-il à faible revenu ?Des bénéficiaires que le marché ne satisfait pas, ou des prix adaptés à leurs revenus, plaident pour la non-lucrativité.
  4. Les Prix sont-ils inférieurs à ceux du marché ?Tarifs modulés selon les ressources, ou sensiblement inférieurs à ceux des entreprises comparables.
  5. La Publicité est-elle comparable à celle d’une entreprise ?Une communication de type commercial, avec démarchage et campagnes, rapproche l’association d’une entreprise.

Une association peut aussi exercer des activités lucratives accessoires sans perdre ses exonérations, tant que ses recettes commerciales restent sous un seuil annuel, révisé périodiquement, et que ces activités ne sont pas prépondérantes. Au-delà, un « secteur lucratif » distinct peut être isolé.

La TVA suit une logique voisine : les opérations d’une association non lucrative sont exonérées, mais des opérations commerciales peuvent y être soumises. Des franchises existent pour les recettes peu élevées. Sur ces sujets, une analyse écrite de l’activité est le meilleur moyen de se protéger.

Gouvernance et assemblée générale

Les statuts fixent le fonctionnement : composition du bureau, du conseil d’administration, périodicité des réunions, modalités de vote. À défaut de dispositions précises, des règles supplétives s’appliquent. L’assemblée générale ordinaire se tient au moins une fois par an, en général dans les six mois suivant la clôture, pour :

  • approuver le rapport moral et le rapport financier ;
  • voter les comptes de l’exercice et donner quitus aux dirigeants ;
  • adopter le budget prévisionnel et fixer la cotisation ;
  • élire ou renouveler les membres du conseil.

Les décisions doivent être consignées dans un procès-verbal signé. Tout changement de dirigeants, d’adresse ou de statuts fait l’objet d’une déclaration en préfecture. Les associations qui emploient des salariés, ou qui reçoivent des subventions importantes, ont intérêt à tenir à jour un registre spécial et un registre des délibérations.

Responsabilité des dirigeants

Les dirigeants bénévoles répondent de leurs fautes de gestion dans certains cas, notamment en cas de manquement à des obligations fiscales ou sociales. Une assurance responsabilité civile des dirigeants peut compléter la garantie de l’association.

Subventions et financement

Les subventions publiques sont encadrées. Une subvention supérieure à un seuil fixé par décret doit faire l’objet d’une convention qui précise l’objet, le montant et les conditions d’emploi. L’association doit ensuite justifier de l’usage des fonds : compte rendu financier et, le cas échéant, rapport d’activité.

Quelques points de vigilance :

  • distinguer la subvention, qui soutient une initiative de l’association, de la commande publique, qui répond à un besoin de la collectivité et relève du droit des marchés publics ;
  • respecter l’affectation des fonds : une subvention versée pour un projet ne finance pas librement le fonctionnement ;
  • prévoir le reversement de la part non utilisée, ou le report sous forme de fonds dédiés ;
  • diversifier les ressources : cotisations, dons, mécénat, recettes d’activités, pour réduire la dépendance à un seul financeur.

Dons et reçus fiscaux

Un don à une association d’intérêt général ouvre droit à une réduction d’impôt pour le donateur, particulier ou entreprise, dans des limites fixées par la loi. Pour que cet avantage soit valable, l’association doit :

  • exercer une activité qui entre dans le champ de l’intérêt général (œuvres, culture, éducation, santé, défense de l’environnement et autres catégories prévues par les textes) ;
  • avoir une gestion désintéressée et ne pas fonctionner au profit d’un cercle restreint de personnes ;
  • établir un reçu fiscal conforme au modèle, pour chaque don, à la demande du donateur ou spontanément ;
  • le cas échéant, obtenir une confirmation de l’administration (rescrit fiscal) sur son éligibilité.

Un reçu délivré à tort expose l’association, et ses dirigeants, à une amende. À l’inverse, une cotisation qui ouvre droit à une contrepartie réelle n’est pas un don. Pour les entreprises mécènes, une contrepartie disproportionnée remet en cause la réduction d’impôt.

Les rendez-vous de l’année

Une association bien organisée suit un calendrier simple, que nous aidons à construire :

  • Clôture de l’exercice (souvent le 31 décembre) : inventaire, rapprochement bancaire, fonds dédiés ;
  • Comptes annuels et rapport financier : préparation par le trésorier ou l’expert-comptable ;
  • Assemblée générale : convocation, vote des comptes, renouvellement du bureau ;
  • Demandes de subventions : dépôt des dossiers dans les délais fixés par chaque financeur ;
  • Déclarations sociales et fiscales : salaires, taxe sur les salaires le cas échéant, déclarations de résultats si l’association est imposable.

Questions fréquentes

Une association est-elle obligée d’avoir un expert-comptable ?

Non, pas dans tous les cas. En revanche, dès que les ressources, les salariés ou les subventions augmentent, l’appui d’un professionnel devient précieux, et un commissaire aux comptes est obligatoire au-delà de certains seuils.

Peut-on rémunérer un dirigeant d’association ?

Oui, mais sous conditions strictes si l’association veut conserver son caractère désintéressé. Les rémunérations sont encadrées par des seuils et des règles de gouvernance : consultez-nous avant de les décider.

Une association peut-elle réaliser des bénéfices ?

Oui. Un excédent n’est pas interdit ; c’est son partage entre membres qui l’est. Il est réinvesti dans le projet associatif, ou mis en réserve.

Que risque-t-on en cas d’oubli de l’assemblée générale ?

Les comptes ne sont pas valablement approuvés, ce qui peut poser problème pour les financeurs, les banques et la responsabilité des dirigeants. Une assemblée peut être tenue en retard, mais mieux vaut éviter de l’oublier.

Les subventions sont-elles soumises à TVA ?

Une subvention qui finance une activité d’intérêt général n’est pas en principe soumise à la TVA. Si elle constitue la contrepartie d’un service rendu à la collectivité, elle peut l’être. L’analyse dépend des termes de la convention.

Information généraleCet article présente la réglementation à la date de sa publication. Les textes, les seuils et les montants peuvent évoluer, et chaque situation est particulière : demandez-nous une analyse avant de prendre une décision.

Rédaction du Cabinet Baubet
Les articles du blog sont rédigés par l’équipe d’experts-comptables et de collaborateurs du cabinet, puis relus par l’un des associés.